Philosophie
Le Bonheur
Qu'est-ce que le bonheur ?
Une question de conscience
Le bonheur n'existe que pour une conscience capable de réflexion. Les animaux, dépourvus de cette capacité, ignorent leur rapport au monde et ne peuvent aspirer au bonheur.
Étymologiquement, "bon heur" signifie "bonne chance" en latin - ce qui échappe à notre contrôle et dépend des circonstances extérieures.
Questions fondamentales
  • Comment aspirer au bonheur s'il ne dépend pas de nous ?
  • Le bonheur est-il temporel ou intemporel ?
  • A-t-il rapport à la vertu ou au plaisir ?
  • Est-il le bien suprême ou existe-t-il d'autres valeurs ?
Ce que le bonheur n'est pas
La félicité
Satisfaction d'ordre intellectuel et rationnel, condition de connaissance de l'ordre de l'univers. Elle dépasse l'ordre purement corporel.
La béatitude
Fusion avec l'être, oubli de son individualité. Le bonheur nécessite peut-être la conscience de soi.
La satiété
Combler un manque, répondre à tous nos besoins. Dormir, manger, être habillé n'est pas forcément le bonheur.
Le plaisir
Ne se définit pas mais s'éprouve. Temporaire, il suscite un nouveau désir à chaque fois - un engrenage infernal.
Épictète et le stoïcisme
« Ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses mais les opinions qu'ils en ont. »
La distinction fondamentale
Ce qui dépend de nous : l'opinion, la volonté, le désir, la pensée, l'aversion. Ce qui est de l'ordre de l'être.
Ce qui ne dépend pas de nous : la richesse, la tranquillité, l'érudition, les voyages, les loisirs, les livres. Ce qui est de l'ordre de l'avoir.
L'ataraxie stoïcienne
La paix de l'âme, impassibilité d'une âme devenue maîtresse d'elle-même. Pour Épictète, le bonheur renvoie à l'autonomie : « Si tu le veux, tu peux être libre. »
Le philosophe doit trier les sources de bonheur et ne conserver que celles qui dépendent de lui.
Épicure et l'hédonisme
1
Le plaisir comme principe
Pour Épicure, le bonheur équivaut au plaisir. Mais pas n'importe quel plaisir - le sage maîtrise son désir.
2
Hiérarchie des plaisirs
Maximum de plaisirs pour un minimum de déplaisirs. Le critère : les conséquences sur la santé du corps.
3
Absence de douleur
Épicure définit négativement le plaisir comme absence de douleur. La nature est normative des plaisirs.
« Aucun plaisir n'est en soi un mal ; mais les choses qui produisent certains plaisirs apportent en bien plus grand nombre les importunités que les plaisirs. » - Épicure
Habitue-toi à penser que la mort n'est rien par rapport à nous. Ce dont la présence ne nous cause aucun trouble, à l'attendre fait souffrir pour rien.
Bonheur et temporalité
Au-delà des petits bonheurs
Le bonheur n'est pas la somme des petits plaisirs. Il est au-delà du plaisir, n'est peut-être pas continu, mais n'est pas non plus volatile et léger comme le plaisir.
Pour les Grecs anciens, le bonheur était l'île des bienheureux - le post mortem. Pour les chrétiens, le paradis. L'autre monde n'est pas un monde de matière.
L'ordre de l'être
Le bonheur ne renvoie pas à des possessions - santé, argent, absence de douleur - mais à ce qui nous est essentiel, à ce qui est de l'ordre de l'être.

Attention : Dans une société de consommation, ce n'est pas le bonheur qui nous est proposé, c'est un leurre. Consommer ne comble jamais notre manque d'être.
Alain : bonheur et vertu
Le bonheur incorporé
« Je porte toute ma fortune avec moi. » Le bonheur ne tient pas à nous comme un manteau, mais est incorporé - nous en sommes teints comme la laine de pourpre.
Puissance intérieure
Le bonheur est en puissance, c'est un pouvoir. Nous avons la faculté d'être heureux. Il ne vient pas de l'extérieur mais de soi.
Vertu = puissance
La vertu est cette puissance par laquelle nous faisons le bien. Le plus heureux sera celui qui se débarrassera des bonheurs sans vertu.
Renversement crucial : Ce n'est pas parce que l'on est vertueux que l'on est heureux, mais au contraire, si nous sommes heureux, nous sommes vertueux.
Il faut être heureux pour actualiser ce que nous sommes. La vertu ne permet pas le bonheur, c'est le bonheur qui permet la vertu.
Spinoza : comprendre pour être heureux
La béatitude par la connaissance
Pour Spinoza, comprendre c'est être heureux. La béatitude est la satisfaction constante dont jouit le sage.
Comprendre que le monde fonctionne de manière nécessaire permet d'accéder à la béatitude, car on met en fonctionnement sa raison.
  • « Le désir est l'essence de l'homme »
  • L'essence de l'homme c'est la raison
  • L'homme est béat quand il comprend le monde
1
Connaissance
Comprendre la nécessité du monde
2
Raison
Exercer notre essence rationnelle
3
Béatitude
Ne plus être soumis aux passions
« Mais tout ce qui est beau est difficile autant que rare. »
Ce n'est pas parce que c'est difficile d'accéder au bonheur qu'on doit renoncer.
Kant : un idéal de l'imagination
Concept indéterminé
Malgré le désir universel d'être heureux, personne ne peut dire en termes précis ce qu'il désire véritablement. Tous les éléments du bonheur sont empiriques.
Impossibilité de prévoir
Veut-on la richesse ? Que de soucis ! La connaissance ? Un regard plus terrible sur les maux. Une longue vie ? Peut-être une longue souffrance.
Idéal vs Idée
Le bonheur est un idéal de l'imagination, non de la raison. Fondé sur des principes empiriques particuliers, il ne peut être universel.
Différence fondamentale
Idéal : produit de l'imagination, prend en compte les circonstances particulières.
Idée : produit de la raison, valable pour tout un chacun, universelle.
Conséquence
Il y aurait une impuissance de l'homme à incarner le bonheur, car il ne le réalisera jamais vraiment puisque ce n'est qu'un idéal.
La réalisation de nos désirs est peut-être le contraire du bonheur.
Conclusion : le bonheur comme projet
Un projet
Le bonheur est une chose que l'on vise, une représentation, un idéal de l'imagination.
Non un droit
Rien ne nous permet de réclamer un droit au bonheur, peut-être un droit au non-malheur.
Rationalité
Le bonheur sera peut-être atteint quand nous aurons atteint la rationalité complète.
Conscience
Le bonheur est le décalage entre ce que la société impose et notre définition personnelle.
Le bonheur ne s'identifie pas avec la vertu, mais rien ne nous empêche de croire qu'il sera atteint par la prise de conscience de notre essence rationnelle et la distinction entre les véritables sources de satisfaction et les leurres sociaux.